Contre l’État d’urgence, contre l’État policier !

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Le 25 novembre 2015, a eu lieu à Strasbourg dans le cadre du Festival International du film des droits de l’homme d’Alsace, la projection du film « Qui a tué Ali Ziri », en présence de membres du collectif Justice et Vérité pour Ali Ziri, et de membres de la famille Bouras. Une heure avant que ne commence le film, nous apprenons (en même temps que la famille) par le journal local que le parquet requiert un non-lieu en faveur du gendarme qui a tué Hocine Bouras. Hocine a été tué sur l’autoroute A35 d’une balle dans la tempe lors d’un transfert alors qu’il était menotté et sans armes, et le procureur estime qu’il est l’agresseur. Ainsi, le gendarme serait en situation de légitime défense… Le gendarme garde donc le statut de témoin assisté dans cette affaire, tandis que Hocine ne reviendra plus… C’est comme le tuer une deuxième fois aux yeux de la famille et de ses soutiens. La vie de Hocine ne vaut donc pas grand chose aux yeux de la justice, puisqu’on a pu la lui ôter sans conséquences judiciaires. Cette nouvelle tombe en plein milieu du contexte d’état d’urgence déclaré suite aux attentats du 13 novembre qui ont eu lieu à Paris, et qui a eu pour conséquence un quadrillage policier et militarisé des espaces urbains, une multiplication d’assignations à résidence et de perquisitions, d’arrestations, des interdictions de manifester dans tout le pays.

Ce non-lieu prononcé par le parquet fait également suite à un autre non-lieu prononcé deux semaines auparavant dans le cadre de l’affaire Amadou Koumé. Il trouve aussi des résonances directes avec le film projeté ce soir là à Strasbourg : « Qui a tué Ali Ziri », car après plus de sept années de mobilisations, le comité n’a pas obtenu ce qu’il demandait, bien qu’il ne compte pas baisser les bras pour autant, et continue à se mobiliser. En France, une dizaine de personnes meurent chaque année suite à des violences policières, et la plupart de ces crimes ne donnent même pas lieux à des procès qui mettraient en cause les forces de l’ordre directement impliquées ou les organismes auxquels ils sont rattachés !
Ce soir là, à La Maison des Associations, les larmes de Fatiha, la maman de Hocine se propagent dans le public présent. Sa douleur ce soir est partagée, elle est la nôtre aussi au quotidien, même si le mépris affiché des classes dominantes ne nous surprend pas. Tant qu’il n’y aura pas de justice, il n’y aura pas de paix… Ce soir là, même si elle accuse le coup, même si elle a mal de tant de mépris, Fatiha est debout, pas à genoux ! Elle prend la parole, elle sait qu’elle n’est pas seule, elle et sa famille ne veulent pas lâcher la lutte, pour la dignité de Hocine.

Dans la même semaine, s’est tenu sur deux jours, un autre événement à Clermont-Ferrand, organisé par le Comité Informel – composé du comité Justice et Vérité pour Wissam et d’autres organisations locales – intitulé « de Ferguson à Wissam el Yamni ». Le vendredi 27 novembre a eu lieu un débat qui a rassemblé une quarantaine de personnes au local l’ « Hôtel des vil.e.s » : « Mais que se passe-t-il aujourd’hui dans ce monde ? » Entre autres parmi les intervenant.e.s, il y avait Mathieu Burnel ( mis en examen dans l’affaire Tarnac), Youssouf Madiba (militant associatif du comité Ferguson in Paris et Stop le contrôle au faciès), une représentante de la famille Bouras, des représentant.e.s du comité Justice et vérité pour Nabil, et des membres de la famille El Yamni ainsi que du collectif Urgence Notre Police Assassine. Cette discussion a permis de penser les liens existants entre les affaires de crimes policiers et le contexte international (au-delà des violences policières), notamment avec les dispositifs antiterroristes adoptés depuis le 13 novembre. Ce qui a été dégagé de cette discussion, c’est que le mode de gouvernement de guerre auquel nous avons à faire face permet de désigner des ennemis et de mettre en place des lois toujours plus sécuritaires et liberticides. Le vocable même de « terroriste » n’a pas de signification juridique. Il faut se rappeler que sous le régime de Vichy, les résistants étaient appelés terroristes, comme la résistance du FLN durant la guerre d’Algérie – alors que des bombes étaient posées par l’Etat français pour destabiliser la population -, puis plus tard, les militants écologistes en Angleterre comme aux États-Unis. Dès lors, il conviendrait de refuser le sentiment de peur qu’essaie de propager l’État, et de comprendre comment le capitalisme est en train de se réorganiser pour se maintenir. Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de continuer à tisser des liens entre opprimé.e.s (comme c’était le cas à la Marche de la Dignité), soutenir les collectifs de familles des victimes, tout en s’appuyant dessus pour alerter la population sur les dangers d’un État où le sécuritaire prend le dessus, et sur les nouveaux monstres qui peuvent naître de ces politiques liberticides. Le lendemain au même endroit a eu lieu une cantine de soutien à la famille de Wissam, et le film « Qui a tué Ali Ziri » a été projeté en présence du réalisateur Luc Decaster au cinéma Le Rio.

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Tous ces moments sont importants car ils sont de réels moments de soutien pour les collectifs et les familles en lutte, pour ne pas lâcher et continuer à renforcer, à élargir ces combats, pour continuer à échanger sur les stratégies à adopter face à la machine judiciaire et politique qui ne cherchent qu’à nous écraser, nous les précaires et révolté.e.s. L’état d’urgence n’est pas nouveau en France, puisqu’il a été déclaré dans les quartiers en 2005 suite aux révoltes qui ont suivi les meurtres de Zyed et Bouna. Aujourd’hui, ces dispositifs sont élargis à l’ensemble de la population, chacun.e est policé.e, susceptible d’être contrôlé.e, chaque membre des forces de l’ordre dispose d’un véritable permis de tuer. Ce régime habituellement réservé aux quartiers pauvres, ou aux sans-papier.e.s n’a rien d’exceptionnel, il a toujours constitué les bases d’un contrôle social généralisé. Pourtant, quand la justice prononce successivement et coup sur coup des non-lieux dans le cadre de crimes policiers, et de l’autre côté, réprime toutes manifestations politiques dans la rue, on peut alors légitimement se poser la question : « Que (nous) fait la police ? » et « Qui nous protège de la police ? », mais on devrait surtout s’organiser en prenant en compte ces données… La violence qui est le mode de fonctionnement de l’ordre économique et social a toujours été la règle dans ce système capitaliste, impérialiste et patriarcal. Elle s’abat à différents degrés selon l’appartenance sociale, et touche davantage les personnes issues des quartiers populaires, particulièrement de l’immigration postcoloniale.

Pour le moment on ne peut compter que sur nos propres forces pour continuer à mener les combats, pour exiger Vérité et Justice pour les victimes des violences policières, et continuer à refuser cet État policier généralisé, qui enferme, qui expulse, qui ségrègue, qui discrimine, qui blesse, qui tue. Il est primordial de continuer à faire le liens entre les différents collectifs existants, à faire converger les luttes contre les injustices et toutes les formes de domination. Le dimanche 29 novembre ont eu lieu simultanément dans plusieurs villes de France des rassemblements contre la tenue de la COP21 à Paris malgré les interdictions de manifester en vigueur. A Paris cela s’est traduit par une grosse répression débouchant sur des charges policières et pas moins de 341 interpellations et 317 gardes-à-vue… Il ne serait pas surprenant que dans ce genre de moments, il y ait des blessé.e.s grave, et pourquoi pas de nouvelles victimes ? Et quand ce sera le cas, on statuera encore que la victime était coupable puisqu’elle se trouvait hors-la-loi ( enfreignant l’interdiction de manifester), sans que les mutilateurs/meurtriers n’en soient inquiétés, voir même, soient félicités… Combien d’arrêté.e.s, combien de blessé.e.s, combien de mort.e.s faudra-t-il encore pour qu’on arrête de soutenir les politiques dites « antiterroristes » qui n’assurent la sécurité de personne, qui maintiennent un état de guerre permanent mettant à chaque instant la vie de chacun.e en danger et qui refondent continuellement nos régimes capitalistes en place ?

Ali Ziri, Hocine Bouras, Amadou Koumé, Wissam El Yamni, Nabil Mabtoul, et tou.te.s les autres
Il n’y aura ni oubli ni pardon ! Organisons-nous contre leur monde, leurs guerres !

De nombreux rendez-vous sont à prévoir avant la fin de l’année, quelques uns :
04/12, Marseille: journée d’info/solidarité contre les violences policières
05/12, Strasbourg : concert contre les violence sécuritaires et en soutien de la famille Bouras
11/12 décembre, Villeurbanne : Lyon Antifa Fest 3, festival contre les discriminations,
19/12, marche Vérité et Justice pour Abdoulaye Camara
19/12 : Ivry, Le Hangar, concert contre le contrôle au faciès
Du 11 au 15 janvier 2016, procès du policier qui a tué, Amine BENTOUNSI d’une balle dans le dos aux assises de Bobigny

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